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« Peter Brook en six grands concepts »

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© Philosophie Magazine – Cédric Enjalbert – 5 juillet 2022. Photo : Peter Brook à Avignon en juillet 1991. © Pascal Victor/ArtComPress via opale.
Peter Brook à Avignon en juillet 1991. © Pascal Victor/ArtComPress via opale.photo

Avec sa pratique fondée sur l’expérience et sa conception du théâtre, Peter Brook, qui vient de nous quitter à l’âge de 97 ans, a révolutionné notre conception de l’art… avec une certaine philosophie ?
Impossible de faire le tour définitif de son extraordinaire parcours et son incommensurable héritage. Toutefois, décédé à l’âge de 97 ans, le metteur en scène britannique Peter Brook laisse après lui des souvenirs impérissables et une ambition philosophique immense bien que simple, qu’il n’a cessé d’éprouver dans ses créations et de décrire dans ses livres, toujours soucieux d’échapper à la pure théorie : faire de la suspension du jugement un ferment de création.

Habiter de l’espace vide

« L’important, ce n’est pas l’espace en théorie, mais l’espace en tant qu’outil », affirme Peter Brook dans Points de suspension (Seuil, 2004). « S’il existe une différence entre le théâtre et la réalité, qu’il sera probablement difficile de définir, il s’agit toujours d’une différence de concentration. Un événement au théâtre peut être semblable ou identique à un événement dans notre vie, mais grâce à des conditions et à des techniques particulières, notre concentration est meilleure. L’espace et la concentration sont donc des éléments indissociables. »C’est avec cette conviction que le metteur en scène réhabilite le Théâtre des Bouffes du Nord, à l’abandon lorsqu’il le découvre et le sauve de la destruction, en 1974. Il n’efface rien des dégradations qu’il a subies en presque cent ans. Au contraire, il en fait un lieu-palimpseste, témoin du passage du temps, et un manifeste : « Je peux prendre n’importe quel espace vide et l’appeler une scène. Quelqu’un traverse cet espace vide pendant que quelqu’un d’autre l’observe, et c’est suffisant pour que l’acte théâtral soit amorcé », écrit-il autrement dans l’Espace vide (Seuil, 1968), devenu un classique des études théâtrales. C’est ainsi qu’il choisit également le cadre naturel et enchanteur de la Carrière de Boulbon, près d’Avignon, pour y donner en 1985 le Mahabharata : neuf heures de spectacle qui retracent les origines de l’humanité, dans une ancienne carrière de pierre. Les plus chanceux se souviennent de cette épopée marquant durablement le Festival d’Avignon, dans ce lieu en plein air traversé par les éléments. Les autres n’ont pu que goûter les récits de ces incroyables nuits passées à suivre une mythique saga, à mi-chemin entre la Bible et Shakespeare, portée par l’extraordinaire troupe réunie pour l’occasion par l’artiste britannique. Son vœu ? « Célébrer une œuvre que seule l’Inde pouvait créer, mais qui s’adresse au genre humain tout entier »(Points de suspension).

PERRON Laurent

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