The Suit

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© La Provence – 22 mars 2013 par Jean-Rémi Barland
Au Jeu de Paume, son adaption d’une tragédie poétique sur fond d’adultère, brille par le contraste entre gravité du propos et légèreté de sa mise en scène et musicale
Afrique du Sud , Sophiatown… Les fenêtres des maisons n’ont pas de vitres, l’alcool coule à flots et les talents fleurissent dans les bars clandestins. On nous parle de « La maison de la vérité », où l’on examine le passé et le présent du pays, et on découvre un couple : Philemon et Matilda.

Lui travaille pour un cabinet d’avocats. Tous les jours, il apporte le petit-déjeuner au lit à sa douce, avant de prendre le bus avec son ami Mophikela, grand bavard qui lui sert de radio matinale.

Un jour ce dernier lui apprend que sa femme reçoit un amant en cachette. En colère, Philemon retourne chez lui, découvre la vérité, mais pas l’identité de l’intrus, qui part en courant, laissant son costume sur place. Ce costume, Philemon l’utilisera comme une arme de vengeance en obligeant Matilda à l’intégrer dans la maison, comme s’il s’agissait d’un invité d’honneur permanent. Ainsi le couple vivra avec cet objet transformé en oeil de la mauvaise conscience de Matilda. Jusqu’au jour où….

« The suit » apparaît comme un drame réaliste

Si l’on ne s’en tient qu’au récit, The suit apparaît comme un drame réaliste, une réflexion sur l’adultère et la vengeance, l’amour fou, et la jalousie. Ecrite par Can Themba, grand écrivain noirs de l’Afrique du Sud des années 1950, cette nouvelle va en fait plus loin et détourne tous les codes traditionnels pour s’imposer comme une tragédie poétique aux accents universels.

En 1999 Peter Brook en a tiré Le costume, spectacle qui a tourné dans le monde entier. Le voci habillé de neuf et donné au Jeu de Paume cette semaine. Conçu, adapté, mis en musique, et en scène, par Peter Brook, Marie-Hélène Estienne, et Franck Krawczyk, The suit  émeut, bien sûr, mais enchante également.

La pièce demeure de bout en bout un magique moment de théâtre

Avec pour seul décor une dizaine de chaises aux couleurs vives, et quelques tréteaux, la pièce demeure de bout en bout un magique moment de théâtre. La grande bonne idée est la langue anglaise sur-titrée qui renforce l’authenticité de chacun des personnages. D’une beauté visuelle constante, la pièce, brille également par sa force musicale et la qualité de sa partition.

Arthur Astier à la guitare, Raphaël Chambouvet au piano, et David Dupuis à la trompette illustrent les scènes en jouant des morceaux allant de la musique traditionnelle tanzanienne, à Schubert en passant par Miriam Makeba. L’effet est d’autant plus magique que les voix et le jeu sur le plateau contribuent à la perfection de l’ensemble. Autour Kikki Henry, Jared McNeill, et William Nadylam on trouve la lumineuse Nonhlanhia Kheswa, actrice et chanteuse à la beauté sublime et au charisme envoûtant. Parlant de choses graves sous l’angle de la légèreté formelle The suit nous raconte l’éternelle peine des hommes avec humour et subtilité. Un spectacle unique !

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